Ellen Ripley et Sarah Connor : l'émergence des femmes fortes dans le cinéma de genre des années 80
Ellen Ripley
Ellen Ripley marque le début
d'une nouvelle ère pour les personnages féminins dans le cinéma de
genre des 80's, l'ère des femmes fortes.
Personnage
déterminé qui tient tête à un équipage composé essentiellement
d'hommes (et d'un androïde), Ellen est intelligente et combative. Le
réalisateur n'a pas choisi l'actrice Sigourney Weaver pour son
physique (elle n'a rien de la jolie nymphe qu'on pouvait retrouver
dans certains films de science-fiction des années 70 comme le
personnage de Farrah Fawcett dans L'Age de cristal ou
bien celui campé par Jane Fonda dans Barbarella
de Roger Vadim en 1968).
Plutôt
grande et loin de posséder le physique d'une pin up pulpeuse,
Sigourney marque surtout les esprits par son talent d'actrice et par
ce qu'elle incarne à l'écran : une guerrière au sang froid
proche de la femme ordinaire. La célèbre scène où on la voit en
petite culotte blanche dans la navette se préparant à un repos bien
mérité après la destruction du Nostromo est la seule scène
« sexy » du film qui met en avant sa féminité. L'alien
est comme une métaphore du retour du refoulé, les scènes d'amour
et de sexe étant inexistantes dans ce film. Le crâne du monstre est
de forme phallique et ce n'est pas anodin.
Ellen
est terrifiée mais elle rassemble suffisamment d'intelligence et de
courage pour expulser ce terrible prédateur au fin fond de l'espace.
Ellen a beau être une femme, elle prouve qu'elle a des burnes.
Dans
l'excellente suite réalisée par James Cameron en 1986, Aliens
le retour,
le personnage d'Ellen est plus creusé et s'affirme d'avantage. James
Cameron, tout comme Ridley Scott, aime les femmes et ça se voit.
Ellen
est réveillée dans son caisson cryogénique par la puissante
corporation Weyland-Yutani plus de 50 ans après sa confrontation
avec l'inquiétant huitième passager. Les militaires de la
corporation ne prennent pas son témoignage au sérieux lorsqu'elle
leur fait part de l'épisode dramatique survenu à bord du Nostromo,
ni quand elle leur fait part de la présence des xénomorphes sur la
planète LV-426 où son équipage s'était posée plusieurs années
auparavant. Et où dorénavant, plusieurs familles de colons y ont
été envoyées ! Comme les pauvres gens ont mystérieusement
disparus des radar, Ellen se décide à affronter à nouveau ses
peurs et à accompagner les Marines dans une mission de sauvetage.
Ellen ne va pas rencontrer un alien mais plusieurs, les descendants
d'une terrible Reine mère à l'appétit meurtrier...
La
Ripley de Cameron est une femme toujours aussi battante qui va non
seulement nouer des liens assez proches avec le charmant caporal
« X » (Michael Biehn, acteur fétiche de Cameron), et qui
va également se découvrir un instinct maternel en prenant sous son
aile la petite Newt, seule survivante du massacre des colons par les
xénomorphes.
Et
lorsqu'elle se confronte en personne avec la Reine des aliens dans
une bataille devenue culte pour beaucoup de cinéphiles, pilotant un
énorme robot sophistiqué, Ellen affirme sa supériorité physique
et combative par rapport aux personnages masculins du film, elle est
plus forte qu'eux et c'est encore elle qui arrive à détruire le
monstre une bonne fois pour toute.
Sarah Connor
Dans
le premier Terminator
(James Cameron, 1984), Sarah est une femme des plus ordinaires :
jeune célibataire qui travaille en tant que serveuse dans un
fast-food, sa vie n'a rien de palpitant -contrairement à Ellen, elle
n'est pas lieutenant et ne fait pas partie d'une équipe spatiale.
Son destin bascule le jour où le soldat Kyle Reese (Michael Biehn)
en provenance du futur lui apprend qu'il a été envoyé en 1984 pour
la protéger d'un terrifiant cyborg tueur, le Terminator (Arnold dans
un de ses meilleurs rôles), envoyé dans le passé par l'intelligence artificielle
Skynet pour la tuer parce qu'elle est la future maman du sauveur de l'humanité
(et futur zigouilleur de robots!) John Connor...Le choc encaissé,
Sarah Connor apprend à faire confiance à ce mystérieux (et
charmant!) sauveur de l'avenir dont elle finira par tomber amoureuse
et avec qui elle fera l'amour de manière passionnée. De leur union
naîtra le glorieux John, qui enverra depuis l'avenir son propre père
Kyle protéger sa mère avant sa naissance...La boucle est bouclée.
Si
elle semble être une frêle jeune femme au début de l'intrigue,
Sarah n'en est pas moins en réalité une femme combattante et
courageuse prête à tout pour sauver sa vie et celle de Kyle contre
les assauts du cyborg tueur. Il faut revoir ces dernière minutes du
film où elle explose le crâne du Terminator sous pression
hydraulique tout en l'insultant de « fumier » avec une
lueur de défi dans le regard. Sacrée petit bout de femme qui va
devenir un personnage encore plus dur et affirmé dans la suite
réalisée sept ans plus tard, un authentique chef-d’œuvre qui
marqua à vie la petite fille que j'étais quand je l'ai vu en VHS
pour la première fois dans les années 90 !
Sarah
est devenue une vraie guerrière -exit l'impressionnable serveuse du
premier film- qui s'est entraînée à manier les armes pour protéger
la vie de son fils. Quand on la voit la première fois, James Cameron
ne fait rien au hasard : Sarah est enfermée dans la cellule
d'un asile psychiatrique et elle est en train d'enchaîner plusieurs
exercices de musculation à la barre de son lit qu'elle a par
ailleurs complètement retourné; pas mal comme entrée en matière !
Le spectateur comprend à travers ces plans très courts que Sarah
s'est métamorphosée en une autre femme, déterminée à se battre
pour son fils John, à nouveau menacé par les êtres cybernétiques
– l'indestructible T-1000 est à sa recherche- et cette fois-ci le
T-800 (toujours campé par Arnold) joue le rôle du défenseur de
John, une sorte d'ange gardien de chair artificielle et d'acier avec
qui l'adolescent va nouer des liens très forts...
Linda
Hamilton livre ici une grande performance d'actrice -la meilleure
performance de toute sa carrière, cela va sans dire- où en plus
d'avoir sculpté son corps pendant des heures pour obtenir la carrure
qu'on lui connaît dans le film, elle a également suivi un lourd
entraînement auprès de véritables militaires pour parfaire sa
pratique des armes à feu. Le résultat à l'écran est indéniable
et lorsque Sarah monte une arme, l'actrice le fait réellement.
Une
scène poignante du film, c'est lorsqu'elle est à deux doigts de
supprimer la vie de Miles Dyson et qu'elle prend conscience de ce
qu'elle fait (ce qui la différencie clairement des machines du film
qui tuent les êtres humains sans le moindre remord) : elle
s'effondre au sol, bouleversée et en pleurs, comme si l'idée même
de ce qu'elle allait faire la révulsait au plus profond de sa chair.
Et n'est-ce pas justement le docteur Silberman qui lui dit pendant
son évasion de l'asile qu'elle n'est pas une tueuse ? Nous en
avons la confirmation à l'écran. Sarah n'est qu'une combattante au
nom de l'humanité pour l'humanité, prête à se sacrifier pour son
fils et c'est ce qui rend ce personnage aussi fort et puissant.








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