Ellen Ripley et Sarah Connor : l'émergence des femmes fortes dans le cinéma de genre des années 80

Ellen Ripley 


Lorsque le spectateur de 1979 s'installe dans son fauteuil pour voir Alien de Ridley Scott, il ne s'attend pas à ce que ce soit une femme qui combatte le monstre et qui se retrouve par ailleurs la seule survivante à bord du Nostromo.
Ellen Ripley marque le début d'une nouvelle ère pour les personnages féminins dans le cinéma de genre des 80's, l'ère des femmes fortes.



Personnage déterminé qui tient tête à un équipage composé essentiellement d'hommes (et d'un androïde), Ellen est intelligente et combative. Le réalisateur n'a pas choisi l'actrice Sigourney Weaver pour son physique (elle n'a rien de la jolie nymphe qu'on pouvait retrouver dans certains films de science-fiction des années 70 comme le personnage de Farrah Fawcett dans L'Age de cristal ou bien celui campé par Jane Fonda dans Barbarella de Roger Vadim en 1968).
Plutôt grande et loin de posséder le physique d'une pin up pulpeuse, Sigourney marque surtout les esprits par son talent d'actrice et par ce qu'elle incarne à l'écran : une guerrière au sang froid proche de la femme ordinaire. La célèbre scène où on la voit en petite culotte blanche dans la navette se préparant à un repos bien mérité après la destruction du Nostromo est la seule scène « sexy » du film qui met en avant sa féminité. L'alien est comme une métaphore du retour du refoulé, les scènes d'amour et de sexe étant inexistantes dans ce film. Le crâne du monstre est de forme phallique et ce n'est pas anodin.

Ellen est terrifiée mais elle rassemble suffisamment d'intelligence et de courage pour expulser ce terrible prédateur au fin fond de l'espace. Ellen a beau être une femme, elle prouve qu'elle a des burnes.

Dans l'excellente suite réalisée par James Cameron en 1986, Aliens le retour, le personnage d'Ellen est plus creusé et s'affirme d'avantage. James Cameron, tout comme Ridley Scott, aime les femmes et ça se voit.
Ellen est réveillée dans son caisson cryogénique par la puissante corporation Weyland-Yutani plus de 50 ans après sa confrontation avec l'inquiétant huitième passager. Les militaires de la corporation ne prennent pas son témoignage au sérieux lorsqu'elle leur fait part de l'épisode dramatique survenu à bord du Nostromo, ni quand elle leur fait part de la présence des xénomorphes sur la planète LV-426 où son équipage s'était posée plusieurs années auparavant. Et où dorénavant, plusieurs familles de colons y ont été envoyées ! Comme les pauvres gens ont mystérieusement disparus des radar, Ellen se décide à affronter à nouveau ses peurs et à accompagner les Marines dans une mission de sauvetage. Ellen ne va pas rencontrer un alien mais plusieurs, les descendants d'une terrible Reine mère à l'appétit meurtrier...
La Ripley de Cameron est une femme toujours aussi battante qui va non seulement nouer des liens assez proches avec le charmant caporal « X » (Michael Biehn, acteur fétiche de Cameron), et qui va également se découvrir un instinct maternel en prenant sous son aile la petite Newt, seule survivante du massacre des colons par les xénomorphes.
Et lorsqu'elle se confronte en personne avec la Reine des aliens dans une bataille devenue culte pour beaucoup de cinéphiles, pilotant un énorme robot sophistiqué, Ellen affirme sa supériorité physique et combative par rapport aux personnages masculins du film, elle est plus forte qu'eux et c'est encore elle qui arrive à détruire le monstre une bonne fois pour toute.


Sarah Connor


Comme Ellen Ripley, Sarah Connor est une femme de caractère qui parvient à détruire le monstre à la fin du film -en l'occurrence ici, un monstre cybernétique exterminateur- dont elle est de surcroît l'unique survivante.



Dans le premier Terminator (James Cameron, 1984), Sarah est une femme des plus ordinaires : jeune célibataire qui travaille en tant que serveuse dans un fast-food, sa vie n'a rien de palpitant -contrairement à Ellen, elle n'est pas lieutenant et ne fait pas partie d'une équipe spatiale. Son destin bascule le jour où le soldat Kyle Reese (Michael Biehn) en provenance du futur lui apprend qu'il a été envoyé en 1984 pour la protéger d'un terrifiant cyborg tueur, le Terminator (Arnold dans un de ses meilleurs rôles), envoyé dans le passé par l'intelligence artificielle Skynet pour la tuer parce qu'elle est la future maman du sauveur de l'humanité (et futur zigouilleur de robots!) John Connor...Le choc encaissé, Sarah Connor apprend à faire confiance à ce mystérieux (et charmant!) sauveur de l'avenir dont elle finira par tomber amoureuse et avec qui elle fera l'amour de manière passionnée. De leur union naîtra le glorieux John, qui enverra depuis l'avenir son propre père Kyle protéger sa mère avant sa naissance...La boucle est bouclée.
Si elle semble être une frêle jeune femme au début de l'intrigue, Sarah n'en est pas moins en réalité une femme combattante et courageuse prête à tout pour sauver sa vie et celle de Kyle contre les assauts du cyborg tueur. Il faut revoir ces dernière minutes du film où elle explose le crâne du Terminator sous pression hydraulique tout en l'insultant de « fumier » avec une lueur de défi dans le regard. Sacrée petit bout de femme qui va devenir un personnage encore plus dur et affirmé dans la suite réalisée sept ans plus tard, un authentique chef-d’œuvre qui marqua à vie la petite fille que j'étais quand je l'ai vu en VHS pour la première fois dans les années 90 !



Sarah est devenue une vraie guerrière -exit l'impressionnable serveuse du premier film- qui s'est entraînée à manier les armes pour protéger la vie de son fils. Quand on la voit la première fois, James Cameron ne fait rien au hasard : Sarah est enfermée dans la cellule d'un asile psychiatrique et elle est en train d'enchaîner plusieurs exercices de musculation à la barre de son lit qu'elle a par ailleurs complètement retourné; pas mal comme entrée en matière ! Le spectateur comprend à travers ces plans très courts que Sarah s'est métamorphosée en une autre femme, déterminée à se battre pour son fils John, à nouveau menacé par les êtres cybernétiques – l'indestructible T-1000 est à sa recherche- et cette fois-ci le T-800 (toujours campé par Arnold) joue le rôle du défenseur de John, une sorte d'ange gardien de chair artificielle et d'acier avec qui l'adolescent va nouer des liens très forts...
Linda Hamilton livre ici une grande performance d'actrice -la meilleure performance de toute sa carrière, cela va sans dire- où en plus d'avoir sculpté son corps pendant des heures pour obtenir la carrure qu'on lui connaît dans le film, elle a également suivi un lourd entraînement auprès de véritables militaires pour parfaire sa pratique des armes à feu. Le résultat à l'écran est indéniable et lorsque Sarah monte une arme, l'actrice le fait réellement.
Une scène poignante du film, c'est lorsqu'elle est à deux doigts de supprimer la vie de Miles Dyson et qu'elle prend conscience de ce qu'elle fait (ce qui la différencie clairement des machines du film qui tuent les êtres humains sans le moindre remord) : elle s'effondre au sol, bouleversée et en pleurs, comme si l'idée même de ce qu'elle allait faire la révulsait au plus profond de sa chair. Et n'est-ce pas justement le docteur Silberman qui lui dit pendant son évasion de l'asile qu'elle n'est pas une tueuse ? Nous en avons la confirmation à l'écran. Sarah n'est qu'une combattante au nom de l'humanité pour l'humanité, prête à se sacrifier pour son fils et c'est ce qui rend ce personnage aussi fort et puissant.





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