The Descent (Neil Marshall, 2005)

Je me souviens encore très bien du jour où mon grand frère me fit découvrir The Descent en DVD. J'avais 16 ans et j'étais déjà une dévoreuse de films d'horreur. Trois ans auparavant, le film de lycanthropes Dog Soldiers de ce même Neil Marshall m'avait emballée malgré des critiques mitigées. J'ai toujours aimé les films de monstres lorsqu'ils sont bien faits et que les personnages de l'histoire sont bien écrits et non caricaturaux.
Quel ne fut pas mon plaisir, pour l'adolescente que j'étais alors, de découvrir un film d'horreur aussi terrifiant et original que The Descent.









Une vraie claque qui me retourna les sens et qui me fit prendre conscience qu'il existait bel et bien des réalisateurs capables de mettre en scène des histoires aussi terrifiantes que dramatiques et où la place de la femme était au centre de l'intrigue. 

Un groupe de six copines part faire de la spéléologie dans le massif des Appalaches. Six personnages formidablement interprétées et à la psychologie creusée. L'unes d'elles, Sarah (Shauna Macdonald) voit son destin basculer cruellement dès l'exposition du film : elle perd son mari et sa fille dans un tragique accident de la route. La scène est d'ailleurs sans concession, brutale mais sans voyeurisme. Un plan très rapide suffit à nous plonger dans l'horreur. Ce drame donne encore plus de sens pour la suite de l'intrigue: Sarah poursuivra dans les boyaux de la grotte ses démons intérieurs (elle a survécu à l'accident, sa fille non), la spéléologie représentant pour elle le moyen de surpasser l'épreuve et de redonner un sens à sa vie brisée.
C'est son amie Juno (Natalie Jackson Mendoza, époustouflante!) qui organise cette virée entre filles et cette jeune femme au caractère bien trempé fait partie des amies intimes de Sarah puisqu'elle était présente à l'hôpital juste après l'accident.


Alors qu'elles rampent à travers les cavités sombres du massif, les filles vont se confronter à un éboulement; dans une scène terrifiante de claustrophobie, le réalisateur filme Sarah coincée entre les rochers, prise d'une crise de panique et incapable de se libérer. Elle y arrivera grâce à l'aide d'une de ses amies et nous comprenons à quel point la survie du groupe dépend de sa cohésion et de son unité. 

Et dès lors, l'horreur commence à s'installer progressivement...Dans l'incapacité de faire demi-tour suite à l'éboulement de gros blocs de pierres, les filles vont devoir se mettre à la recherche d'une autre issue. Sauf qu'elles vont vite découvrir qu'elles ne sont pas seules dans les grottes, puisqu'une race humanoïde primitive particulièrement agressive les a prise en chasse...
The Descent est beaucoup plus qu'un simple film d'horreur destiné aux adolescents. Ce qui me frappe en le revoyant aujourd'hui, c'est que justement, c'est un film très adulte qui évoque tout aussi bien la douleur de la perte d'un être cher (en l'occurrence ici, celle d'un enfant), que la question de la féminité et de ses peurs. 
Les filles progressent à l'intérieur de cavités sombres et humides qui peuvent évoquer dans notre inconscient un utérus gigantesque où les monstres qui s'y tapissent dans des flots de sang - voir cette scène où Sarah s'immerge dans un trou d'eau mélangé à du sang poisseux- pourrait symboliser cette difficulté pour une mère de faire le deuil d'un enfant décédé tragiquement, et dans le sang justement.


The Descent est un film de femmes fortes réalisé par un homme et rien que ça, c'est atypique. 
Les rapports entretenus entres les amies sont tour à tour forts et complexes puisqu'au fil de l'histoire, on bascule de la complicité de l'amitié et de la force du groupe qui s'entraide à la dislocation pure et simple de cette unité dont les monstres sont à l'origines, mais pas seulement... 

La virtuosité de la mise en scène est incontestable, Neil Marshall enregistre ses scènes dans une luminosité aussi belle que terrifiante où nous basculons de l'obscurité des grottes à la lumière rouge des fusées dans un ballet de couleurs magnifiques qui offrent un ton surnaturel au film. Des plans m'ont particulièrement marquées : celui où l'héroïne, recouverte de sang, son regard bleu qui ressort, bascule dans une sorte de frénésie meurtrière et dans un ralenti, règle ses comptes une bonne fois pour toutes dans un duel tragique et bouleversant.
Il faut aussi souligner la beauté visuelle de l'avant-dernière séquence du film qui représente la projection mentale de Sarah: dans un ralenti, Sarah est illuminée par la lumière salvatrice du jour qui tombe comme une délivrance. Elle escalade un tunnel parsemé d'ossements et de crânes, la scène étant filmée comme un sombre tableau où nous la voyons de pieds en tête ramper avec frénésie vers la liberté. Ce plan est magnifique : après l'horreur survenue dans les boyaux, Sarah remonte vers l'air libre, vers la sécurité de la terre. Elle respire un grand bol d'air et c'est comme si elle revenait à la vie comme un nourrisson. Sarah vient d'avoir une deuxième naissance, le spectateur assiste à sa venue au monde. Sous terre, elle a vécu le pire et encore une fois elle a survécu à l'inimaginable.
Cette séquence est encore plus belle et plus marquante lorsque le dénouement prend sens et que le spectateur achève, gorge noué et cœur palpitant, son voyage d'exploration dans l'horreur.

Un film d'horreur très fort à la beauté plastique tout aussi terrifiante où la claustrophobie -une des peurs typiques de l'être humain- n'a à mon sens jamais été aussi bien représentée au cinéma.






Commentaires

Articles les plus consultés