"Ça" n'était pas si terrible que "Ça"...
La mini-série de Tommy Lee Wallace sortie en 1990 avait eu le mérite d’effrayer toute une génération de jeunes téléspectateurs dont certains sont devenus coulrophobes à l’âge adulte. Bien que cette mini-série ai aujourd’hui plutôt mal vieillie, elle n’en reste pas moins une petite œuvre télévisuelle culte pour bon nombre de fans de Stephen King.
Cependant, la nouvelle adaptation d’Andy Muschietti s’étant fait tant désirée depuis maintenant quelques années -le réalisateur Cary Fukunaga à l'œuvre sur la saison 1 de l'excellente mini-série True detective ayant abandonné le projet-, cette nouvelle adaptation pour le grand écran était plutôt attendue au tournant. Et malgré quelques imperfections scénaristiques, le film a su rester fidèle au livre et le réalisateur dirige ses jeunes comédiens avec brio dont la plupart sont une véritable révélation - je pense par exemple à la jeune Sophia Lillis alias Berverly Marsh, bouleversante et incroyablement juste dans son rôle.
Une différence de taille par rapport au livre de Stephen King est que l'action du film se situe en 1989 et non pas en 1958 et cependant, ce détail n’est pas si dérangeant en soit, l'époque étant plutôt bien reconstituée à l’écran à travers toute une série d'objets comme les baladeurs et autres postes de musique portatif qui font le lien à l'écran avec la bande sonore du film et de références socio-historiques.
Les acteurs sont incroyables et calquent avec justesse aux personnages imaginés par Stephen King 30 ans plus tôt.
« Ça » comporte plusieurs séquences visuelles et sonores bien maîtrisées. Par exemple, la séquence d’ouverture nous présentant Bill cloué au lit préparant le bateau en papier pour son petit frère est très efficace dans sa mise en scène qui permet de nous faire ressentir leur relation complice et fusionnelle et qui rendra la suite de l'intrigue beaucoup plus dure et forte émotionnellement.
Le réalisateur parvient même à nous faire susciter la peur avec une économie de moyen dès le début du film: lorsque le petit Georgie lorgne la cave d’un regard craintif du haut de l'escalier, la puissance de cette scène est de nous mettre à hauteur du petit garçon, nous épousons son point de vue et cela a pour effet de nous ramener nous, spectateurs, à l’heure de nos angoisses enfantines les plus profondes. Le dispositif sonore accompagne avec brio l’image, renforçant l’ancrage réaliste de la scène. Le spectateur est viscéralement au cœur de l’action.
La scène du tableau reprenant vie sous les traits de "Pennywise" est une scène glaçante, dans la mesure où non seulement les effets spéciaux sont maîtrisés et convaincants de réalisme, mais de plus, le jeu entre l'obscurité d'où émane cette horreur peinte et l'éclairage de la pièce où se trouve le jeune Stan nous évoque une scène digne d'un cauchemar pelliculé où l'horreur, tapie dans le noir, est prête à surgir à tout moment pour nous engloutir corps et âme.
Une autre scène marquante du livre que je trouve merveilleusement retranscrite dans le film est la scène de la salle de bain où Beverly est confrontée à l'éclaboussure dans toute la pièce d'un sang très rouge et poisseux depuis le tuyau d'évacuation du lavabo. L'éclairage se teinte de la même couleur rouge que Beverly perçoit avec horreur et c'est comme si nous étions nous aussi recouverts de sang. Le rouge a ici une valeur des plus symboliques: nous avons vu précédemment l'adolescente acheter des tampons au drugstore du coin et le sang du lavabo est un écho à sa féminité naissante, elle est devenue pubère et elle est, aux yeux de son père qui l'effraye tant, un objet de désir potentiellement convoitée par les garçons. C'est comme si le diabolique clown était une sorte d'ersatz du grand méchant loup tiré du conte de Charles Perrault, Beverly étant un petit Chaperon devenant femme qui doit éviter de se retrouver nez à nez avec le monstre si elle veut survivre.
La confrontation du "Club des losers" avec Pennywise dans la maison hantée enchaîne des scènes de terreur efficaces, comme par exemple la confrontation d'Eddy avec l'abominable et purulent lépreux qui le suit de vraiment très près. J'ajouterai cependant une déception de ne pas avoir vu dans le film ni la représentation de l'oiseau préhistorique qui terrifiait Mike, ni le loup-garou sorti d'un film de série B des années 1950 qui effrayait Richie. Ces deux visions d'horreur auraient pu être diablement efficaces quand on voit la maîtrise des effets visuels de ce film...
Plus qu’un simple film d’horreur, « Ça » est surtout un très beau film sur le passage de l'enfance à l'âge adulte, l'adolescence étant ici la clé de voûte du film tout comme elle l'était dans le livre, avec ses doutes, son mal être, sa mélancolie, mais aussi ces magnifiques instants de joie et d'espoir, en écho au superbe Stand By Me de Rob Reiner.
Cependant, la nouvelle adaptation d’Andy Muschietti s’étant fait tant désirée depuis maintenant quelques années -le réalisateur Cary Fukunaga à l'œuvre sur la saison 1 de l'excellente mini-série True detective ayant abandonné le projet-, cette nouvelle adaptation pour le grand écran était plutôt attendue au tournant. Et malgré quelques imperfections scénaristiques, le film a su rester fidèle au livre et le réalisateur dirige ses jeunes comédiens avec brio dont la plupart sont une véritable révélation - je pense par exemple à la jeune Sophia Lillis alias Berverly Marsh, bouleversante et incroyablement juste dans son rôle.
Une différence de taille par rapport au livre de Stephen King est que l'action du film se situe en 1989 et non pas en 1958 et cependant, ce détail n’est pas si dérangeant en soit, l'époque étant plutôt bien reconstituée à l’écran à travers toute une série d'objets comme les baladeurs et autres postes de musique portatif qui font le lien à l'écran avec la bande sonore du film et de références socio-historiques.
Les acteurs sont incroyables et calquent avec justesse aux personnages imaginés par Stephen King 30 ans plus tôt.
« Ça » comporte plusieurs séquences visuelles et sonores bien maîtrisées. Par exemple, la séquence d’ouverture nous présentant Bill cloué au lit préparant le bateau en papier pour son petit frère est très efficace dans sa mise en scène qui permet de nous faire ressentir leur relation complice et fusionnelle et qui rendra la suite de l'intrigue beaucoup plus dure et forte émotionnellement.
Le réalisateur parvient même à nous faire susciter la peur avec une économie de moyen dès le début du film: lorsque le petit Georgie lorgne la cave d’un regard craintif du haut de l'escalier, la puissance de cette scène est de nous mettre à hauteur du petit garçon, nous épousons son point de vue et cela a pour effet de nous ramener nous, spectateurs, à l’heure de nos angoisses enfantines les plus profondes. Le dispositif sonore accompagne avec brio l’image, renforçant l’ancrage réaliste de la scène. Le spectateur est viscéralement au cœur de l’action.
La scène du tableau reprenant vie sous les traits de "Pennywise" est une scène glaçante, dans la mesure où non seulement les effets spéciaux sont maîtrisés et convaincants de réalisme, mais de plus, le jeu entre l'obscurité d'où émane cette horreur peinte et l'éclairage de la pièce où se trouve le jeune Stan nous évoque une scène digne d'un cauchemar pelliculé où l'horreur, tapie dans le noir, est prête à surgir à tout moment pour nous engloutir corps et âme.
Une autre scène marquante du livre que je trouve merveilleusement retranscrite dans le film est la scène de la salle de bain où Beverly est confrontée à l'éclaboussure dans toute la pièce d'un sang très rouge et poisseux depuis le tuyau d'évacuation du lavabo. L'éclairage se teinte de la même couleur rouge que Beverly perçoit avec horreur et c'est comme si nous étions nous aussi recouverts de sang. Le rouge a ici une valeur des plus symboliques: nous avons vu précédemment l'adolescente acheter des tampons au drugstore du coin et le sang du lavabo est un écho à sa féminité naissante, elle est devenue pubère et elle est, aux yeux de son père qui l'effraye tant, un objet de désir potentiellement convoitée par les garçons. C'est comme si le diabolique clown était une sorte d'ersatz du grand méchant loup tiré du conte de Charles Perrault, Beverly étant un petit Chaperon devenant femme qui doit éviter de se retrouver nez à nez avec le monstre si elle veut survivre.
La confrontation du "Club des losers" avec Pennywise dans la maison hantée enchaîne des scènes de terreur efficaces, comme par exemple la confrontation d'Eddy avec l'abominable et purulent lépreux qui le suit de vraiment très près. J'ajouterai cependant une déception de ne pas avoir vu dans le film ni la représentation de l'oiseau préhistorique qui terrifiait Mike, ni le loup-garou sorti d'un film de série B des années 1950 qui effrayait Richie. Ces deux visions d'horreur auraient pu être diablement efficaces quand on voit la maîtrise des effets visuels de ce film...
Plus qu’un simple film d’horreur, « Ça » est surtout un très beau film sur le passage de l'enfance à l'âge adulte, l'adolescence étant ici la clé de voûte du film tout comme elle l'était dans le livre, avec ses doutes, son mal être, sa mélancolie, mais aussi ces magnifiques instants de joie et d'espoir, en écho au superbe Stand By Me de Rob Reiner.



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