Focus sur : La scène de la nage dans L'Etrange créature du lac noir (Jack Arnold, 1954)
Je
reste souvent scotchée par les qualités esthétiques de certaines
séries B américaines des années 50 qui étaient peut-être
fauchées mais qui avaient au moins le mérite d'inclure dans leurs
histoires des séquences à la beauté visuelle et aux prouesses
techniques assez avant-gardistes pour leur époque.
L'un des
grands artisans de la série B de cette époque, Jack Arnold, fait
parti de ces réalisateurs dont les films m'interpellent. Je pense
notamment à son Tarantula de 1955 où l'on voyait une tarentule de
taille gigantesque semer la panique dans une petite bourgade
américaine -et on pouvait voir à la fin du film l'un des premiers
rôles du grand Clint Eastwood dans le rôle d'un aviateur – et je
pense évidemment aussi à son chef-d’œuvre L'Homme qui rétrécit
dont j'ai déjà écrit un article sur mon blog.
En
1954, Jack Arnold s'inscrit à la marge des réalisateurs de
science-fiction de son époque en mettant en lumière non pas la
bestialité, mais plutôt la beauté du monstre dans L'Etrange
créature du lac noir. Et cette beauté ressort lors de la fameuse
scène de la nage entre la créature et le personnage de Kay
interprété par Julia Adams.
Cette
scène d'environ trois minutes est empreinte d'une beauté poétique :
la créature amphibie préhistorique est séduite par la plastique
irréprochable de la jeune femme au physique de pin-up, Kay, qui fait
partie de l'équipe de scientifiques partie en expédition en
Amazonie suite à la découverte d'une main fossilisée d'une
créature encore inconnue.
Cette séquence suffit à rendre compte
de l'impossibilité pour la créature de séduire cette jeune fille
car tout les oppose : elle est un être humain et pas lui, elle
ne respire pas sous l'eau alors que lui le peut, et surtout, la
beauté de la jeune femme s'oppose à la monstruosité de cette
créature à écailles aux membres palmés.
La scène met en avant la beauté de Kay qui nage tout en grâce dans un maillot de bain blanc et la façon qu'elle a de se mouvoir avec grâce dans les eaux sombres du lagon évoque une jeune femme éprise de liberté. A l'inverse, le monstre qui l'observe depuis la profondeur du lagon ne semble pas être libre, il se cache constamment de la vue des humains et la suite du film nous le prouvera puisque c'est une créature qui sera traquée et crainte par l'équipe de scientifiques.
La scène met en avant la beauté de Kay qui nage tout en grâce dans un maillot de bain blanc et la façon qu'elle a de se mouvoir avec grâce dans les eaux sombres du lagon évoque une jeune femme éprise de liberté. A l'inverse, le monstre qui l'observe depuis la profondeur du lagon ne semble pas être libre, il se cache constamment de la vue des humains et la suite du film nous le prouvera puisque c'est une créature qui sera traquée et crainte par l'équipe de scientifiques.
Le
monstre s'éprend de la jeune femme et la façon dont nous le montre
Jack Arnold est poétique : en effet, il nage profondément dans
les eaux dans une sorte de nage inversée avec Kay qui elle, nage à
la surface, et cette distanciation entre les deux personnages
symbolise l'impossibilité d'une relation entres eux.
On
est surpris de constater à quel point cette créature peut nous
paraître si humaine dans sa façon de se mouvoir dans l'eau mais
aussi dans le fait d'être séduite par la jeune femme qui l'attire.
Le monstre s'approche un peu plus de Kay, mais il ne la touche pas. Elle est un être inatteignable, quasiment fantasmatique pour lui et il le sait puisqu'il garde ses distances.
Le monstre s'approche un peu plus de Kay, mais il ne la touche pas. Elle est un être inatteignable, quasiment fantasmatique pour lui et il le sait puisqu'il garde ses distances.
C'est que la bête est tombé amoureux de la belle qui malheureusement, le craindra par la suite.
Le
final de ce film est bouleversant et lorsqu'on repense à cette
séquence de la nage, on ne peut en être que plus bouleversé
encore, car la créature amphibie était-elle si mauvaise que ce
qu'elle paraît physiquement ? A chacun d'en juger.
L'Etrange
créature du lac noir est à mes yeux un film de série B grandiose
qui questionne la monstruosité à travers une séquence d'à peine 3
minutes toute en poésie et sensibilité.


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