La métamorphose d'un lycanthrope en être humain : Fright Night (1985)


Le cinéma d'épouvante a mis en scène à plusieurs reprises la douloureuse transformation d'un être humain en loup à travers des trucages et effets spéciaux de toute sorte ; on pense évidemment aux scènes marquantes de films comme Le Loup-garou de Londres et Hurlements réalisés respectivement par John Landis et Joe Dante en 1981 qui marquèrent leur époque avec les premières scènes de métamorphose garanties sans aucune coupe dans le montage. Le résultat à l'écran se voulait des plus réalistes et accentuait le sentiment de terreur du spectateur. En 1941,The Wolf Man de George Waggner mettait en scène un Lon Chaney Jr. maquillé de la tête aux pieds en lycanthrope bipède qui rejoignit le clan très prisé des « Universal Monsters », au côté de ses comparses Dracula, Frankenstein, Homme invisible et autre Momie.

Et puis au milieu des années 80, il y a un film qui repensa la métamorphose humain-lycanthrope sous un angle nouveau et différent, ce film s'appelle Vampire, vous avez dit vampire ? Oui je sais, on parlait de loups-garous alors quel rapport avec les vampires me diriez-vous? C'est que tout simplement, le réalisateur Tom Holland est un passionné de cinéma d'épouvante et son hommage aux films de loups-garous qui l'ont bercé dans son enfance transpire à l'écran au détour d'une séquence des plus marquantes dont je vais vous parler ci-dessous.


Le film met en scène Charlie Brewster, un lycéen qui vit avec sa mère et qui, tout comme le réalisateur, est un passionné de films d'horreur. D'ailleurs l'exposition du film met en scène le teenager dans sa chambre avec sa petite amie Amy occupés à s'embrasser et à s'enlacer...avec l'émission « Nuit d'horreur » présentée par Peter Vincent (un écho à Vincent Price?) en fond sonore.
Un jour, un nouveau voisin du nom de Jerry Dandridge s'installe à côté de la maison où vivent Charlie et sa mère mais il s'avère être un vampire – ce que le jeune homme est le seul à croire dans un premier temps, sa mère, sa petite copine et même son ami Demon ne le croient pas. Charlie va tout de même réussir à convaincre son idole Peter Vincent de l'existence du vampire et la séquence qui nous intéresse ici nous montre le face à face entre Peter et le loup-garou Demon, l'ami de Charlie qui a été mordu par Jerry.

Dans un superbe ralenti, le loup s'élance vers Peter Vincent les babines retroussées et les yeux devenant rouges. Le ralenti dilate le temps pour nous donner l'impression de vivre une scène de cauchemar. D'ailleurs, Peter semble être paralysé par la peur et nous pensons que le grand méchant loup va finir par se jeter sur lui pour n'en faire qu'une bouchée...Mais Peter parvient à le faire basculer par-dessus la rambarde de l'escalier d'où un élément en bois s'enfonce par ailleurs dans la poitrine du loup qui s'effondre au sol dans un glapissement de douleur. La métamorphose commence...

Le loup se réfugie hors-champs sous l'escalier et on ne le voit pas pendant plusieurs secondes, nous entendons uniquement ses grognements. La caméra épouse le point de vue de Peter Vincent et nous découvrons la scène en même temps que lui.
Nous commençons d'abord par voir la patte griffue du lycanthrope rétrécir progressivement jusqu'à reprendre un aspect humain, puis c'est au tour de la main de se métamorphoser. Le génie de Tom Holland est de susciter un suspens en filmant cette transformation de manière progressive où nous voyons ce qu'il se passe en même temps que Peter. Et c'est lorsque celui-ci s'accroupit derrière l'escalier que nous voyons enfin la bête. Recouverte de longs poils, la gueule béante remplie de crocs acérés, le loup pousse de sourds grognements : il souffre. Adossé contre le mur, il tente de retirer le morceau de la rambarde d'escalier qui lui perfore la poitrine sous le regard atterré de Peter qui semble impuissant et totalement dépassé par cette vision d'horreur.


Tom Holland ne nous fait pas assister ici à une scène terrifiante, mais plutôt émouvante ; en effet, comment ne pas prendre en pitié cette pauvre créature quand on sait qu'il s'agit en réalité du jeune Démon, l'ami de Charlie ? Même Peter semble être beaucoup plus bouleversé que terrifié et lorsque la créature lui tend un bras dans sa direction dans un geste de désespoir, il semble éprouver du regret du fait de son impuissance à pouvoir l'aider.
La douloureuse transformation « à l'envers » du loup-garou en Démon est tout simplement remarquable grâce à des techniques de maquillages à l'ancienne où le personnage retrouve progressivement un aspect un peu plus humain : les longs poils ont quasiment disparu, la gueule aux crocs acérés s'est rétractée et lorsque le loup se tourne vers Peter Vincent – c'est-à-dire vers la caméra et donc vers nous-, nous constatons que son regard est redevenu humain et nous reconnaissons les yeux de l'acteur Stephen Geoffreys sous le maquillage. Ce regard est bouleversant dans la mesure où il s'agit de celui d'un adolescent en agonie qui réclame de l'aide.


Cette séquence tragique prend le contre-pied de bon nombre de films d'horreur stigmatisant le monstre comme une horrible créature qu'il faut absolument éliminer et nous constatons l'amour du réalisateur pour ces monstres qu'il chéri tant. En filmant sa lente agonie, il ne fait que nous interroger sur ce à quoi nous assistons : l'horrible lycan n'est en réalité qu'un adolescent qui nous est d'ailleurs familier puisqu'il s'agit d'un des personnages centraux du film. Le désespoir de Peter Vincent qui ne parvient pas à abréger les souffrances de Demon est tout simplement touchant et traduit à l'écran la complexité émotionnelle du personnage qui n'est pas là pour « zigouiller du monstre » à tout va, mais qui possède une sensibilité et une empathie pour les « freaks » et donc finalement pour les laissés-pour-compte. Là est le génie du réalisateur de nous interroger sur la prétendue agressivité du lycan qui se révèle au final n'être qu'une pauvre créature en souffrance qui ne demande qu'à être « abrégée ». Tom Holland aime les « freaks » et ça se voit. C'est à ça que l'on reconnaît les meilleurs films de monstre, lorsqu'un réalisateur les filme aussi bien avec épouvante qu'avec empathie et sensibilité en nous interrogeons ainsi sur notre propre humanité à travers une séquence qui nous bouleverse, nous émeut et nous remet en question par rapport au monstre : n'est-ce pas nous au final, le monstre qui prend plaisir à voir une créature souffrir sous nos yeux ? A méditer.


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