Christine, la prédatrice mécanique de John Carpenter
Salut
les cinéphiles amateurs de cinéma fantastique et d'épouvante !
Aujourd'hui, je vais vous parler de l'excellent film Christine réalisé par le ô combien génialissime, John Carpenter.
Cette
même année 1983 voit déjà l’adaptation au cinéma de 2 romans
de Stephen King : les excellents Cujo par Lewis Teague et
Dead Zone par David Cronenberg.
Lorsque
John Carpenter arrive sur le projet Christine, contacté par
le producteur Richard Kobritz, il a du mal à se remettre de l’échec
cuisant et injustifié de son pourtant chef-d'œuvre The Thing.Christine est donc un film de commande qui permettrait à John Carpenter de reconquérir l'estime du public et de la critique. Et tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il relève le défi haut la main: le réalisateur signe à la fois un superbe film de genre aux images terrifiantes, mais aussi et surtout un "teenage movie" sensible qui met en lumière le difficile passage de l'adolescence à l'âge adulte.
Le film
met en scène Arnie Cunningham -merveilleusement interprété par le
jeune Keith Gordon que nous avons vu dans le Pulsions de Brian
de Palma-, un adolescent timide et mal dans sa peau qui vit un
véritable enfer au lycée puisqu'il est malmené à longueur de
journée par une bande de petites teignes menée par l'impitoyable
Buddy. Arnie n'a qu'un seul véritable ami, c'est Dennis (interprété
par John Stockwell), qui s'avère être de surcroît son exact
opposé: il est l'archétype du lycéen sportif et bien dans ses
pompes, plutôt beau gosse et sollicité par les filles. Tout ce qu'
Arnie n'est pas!
Mais
un jour, tout bascule...Arnie flashe en apercevant la carcasse de
Christine, une Plymouth Fury de 1958 qui trône à l’abandon dans
le jardin d’un inquiétant garagiste, qui a d'ailleurs des
tendances psychotiques. Et là, c’est le coup de foudre. Arnie
devient obsédé par cette voiture et prend l’initiative de
l’acheter (malgré les conseils de Dennis et contre l’avis de ses
parents), pour la retaper au garage Darnell (le gérant est
formidablement interprété par Robert Prosky (Grandpa Fred dans
Gremlins 2 ou encore Nick le projectionniste dans l'excellent Last
Action Hero de John McTiernan).
Arnie
parvient à force d'un travail acharné à transformer la vieille
carcasse mécanique et rouillée en splendide voiture couleur rouge
et ivoire qui attire les regards et qui, par son pouvoir démoniaque,
subjugue l'esprit d'Arnie et exerce sur lui une emprise
machiavélique :
Plus
Arnie passe de temps avec Christine et plus sa personnalité change :
de jeune timide et mal dans sa peau, Arnie se transforme en homme sûr
de lui : il sort avec la jolie et naïve Leigh Cabot, une des
plus belles filles du lycée qui a quand même refusé de sortir avec
Dennis !
Christine est autant un film d’horreur qu’un « teenage movie » dans la mesure où ce qui intéresse John Carpenter, c’est ce douloureux passage de l’adolescence à l’âge adulte, où le jeune, en sortant de sa chrysalide, va devenir un personnage quasiment étranger aux yeux de ses proches, et notamment un étranger pour sa famille qui ne le reconnaît plus. Voir par exemple l’excellente scène du repas en famille où Arnie agresse physiquement son père, ce dont il aurait été incapable au début de l’intrigue.
Christine est autant un film d’horreur qu’un « teenage movie » dans la mesure où ce qui intéresse John Carpenter, c’est ce douloureux passage de l’adolescence à l’âge adulte, où le jeune, en sortant de sa chrysalide, va devenir un personnage quasiment étranger aux yeux de ses proches, et notamment un étranger pour sa famille qui ne le reconnaît plus. Voir par exemple l’excellente scène du repas en famille où Arnie agresse physiquement son père, ce dont il aurait été incapable au début de l’intrigue.
Une des
séquences marquantes du film est sa scène d’ouverture qui
montre la naissance de Christine sur sa chaîne de montage à Détroit
(on est en 1957). La lumière de la séquence est très belle, et
elle fait ressurgir à l’écran les couleurs rouges et blanches de
Christine ainsi que ses chromes luisants. La bande-son (l’excellent
Bad to the Bone interprétée par George Thorogood) n’est pas un
morceau des années 50, il a été composé un an avant la
réalisation du film mais son titre (« pourri jusqu’à la
moëlle ») reflète parfaitement la scène qui se déroule
alors sous nos yeux : Christine, tout juste sortie de sa chaîne
de montage, écrase la main d’un ouvrier et en étouffe un autre
qui a eu la mauvaise idée de faire tomber la cendre de son cigare
sur ses sièges neufs…La couleur rouge de sa carrosserie évoque
son goût pour le sang humain : renvoie dans l'inconscient
collectif des cinéphiles une Carrie recouverte de sang lors du bal
de promo que Brian de Palma a représentée à l’écran quelques
années plus tôt.
Lorsque
Arnie et Leigh se rendent ensemble au garage Darnell pour que le
jeune homme y récupère ses papiers, nous assistons à une scène
difficile – Le couple retrouve Christine réduite à néant dans
son box, vandalisée et souillée par la bande à Buddy que nous
avons vu lors d'une scène précédente pénétrer par effraction
dans le garage de nuit, dans le seul but de détruire la voiture. Le
montage de la scène faisait part d'une violence inouïe.
C'est sous les yeux du couple stupéfait que gît la dépouille vandalisée de Christine ; surtout Arnie, son regard exprimant dans un premier temps de la surprise et de la tristesse,avant de se muer ensuite en véritable haine- il est incapable de prononcer le moindre mot– scène d'autant plus difficile que nous savons, nous spectateur, tout le mal que s'est donné l'adolescent pour réparer consciencieusement sa voiture et la rendre flamboyante jour après jour.
C'est sous les yeux du couple stupéfait que gît la dépouille vandalisée de Christine ; surtout Arnie, son regard exprimant dans un premier temps de la surprise et de la tristesse,avant de se muer ensuite en véritable haine- il est incapable de prononcer le moindre mot– scène d'autant plus difficile que nous savons, nous spectateur, tout le mal que s'est donné l'adolescent pour réparer consciencieusement sa voiture et la rendre flamboyante jour après jour.
Et puis John Carpenter -dont le génie dans la direction d'acteur est incontestable- va laisser Keith Gordon faire preuve d'improvisation dans une des scènes du film que je trouve les plus fortes émotionnellement (et il y en plusieurs!) : son personnage explose d'une rage soudaine suite à cette horrible découverte et il insulte sa petite amie ; son accès de rage est d'autant plus convaincant et réaliste lorsque nous voyons Leigh sursauter à l'écran et l'actrice Alexandra Paul a avoué qu'elle a réellement sursauter de peur, ne s'attendant pas à ce que Keith Gordon explose de la sorte – le parti-pris du cinéaste de conserver cette scène de sursaut à l'écran augure une séquence émotionnelle puissante et très réussie.
La
séquence mettant en scène la « résurrection » de
Christine fait partie de mes autres séquences cultes du film :
dans une quasi obscurité, Arnie vient se placer face à la voiture,
les phares de Christine éclairant son visage et mettant ainsi en
lumière son regard empli de désir qu'on peut sans nul doute
qualifié de « désir sexuel », et lui dit « Show
me » : « montre moi », et dans une mise en
scène que je juge la plus sensuelle du film, la voiture se répare
lentement d'elle-même sous nos yeux de spectateurs stupéfaits, et
sous celui ébahi d'Arnie – les trucages sont très simples puisque
les plans où l'on voit les tôles de la voitures écrabouillées et
ses verres brisés ont été simplement montés à l'envers, donnant
l'illusion que Christine se répare d'elle-même. Effet simple et
efficace à l'écran.
C'est le regard d'Arnie par rapport à la métamorphose progressive de la voiture qui nous fait prendre conscience que plus qu'une admiration, c'est un véritable amour qu'il voue à sa voiture et à aucun moment dans le film, il n'aura un tel regard pour sa petite amie. Il fait même allusion à la jalousie que la jeune fille éprouve pour sa voiture – jalousie justifiée par ailleurs.
C'est le regard d'Arnie par rapport à la métamorphose progressive de la voiture qui nous fait prendre conscience que plus qu'une admiration, c'est un véritable amour qu'il voue à sa voiture et à aucun moment dans le film, il n'aura un tel regard pour sa petite amie. Il fait même allusion à la jalousie que la jeune fille éprouve pour sa voiture – jalousie justifiée par ailleurs.
Suite à
cette résurrection, nous allons assister à plusieurs séquences
nocturnes mettant en scène la vengeance de Christine sur les membres
de la bande à Buddy responsables de sa quasi destruction dans le
garage.
John Carpenter fait parti de ces cinéastes spécialistes de la représentation des scènes de nuit dans le cinéma d'épouvante – la nuit, dans l'imaginaire collectif des cinéphiles, représente ce moment angoissant où tout peut surgir dans le cadre, que ce soit d'horribles monstres ou des tueurs fous – surgissement dans le champs de la caméra d'une source d'angoisse qui était tapie en hors-champs et qui permet de susciter la terreur chez le spectateur friand de sensations fortes.
Ça renvoie à la « peur du noir » que beaucoup de spectateurs ont pu éprouver pendant leur enfance – le cinéma agissant comme une sorte de régression infantile touchant au plus profond de nos peurs primaires – (Dans la filmographie de Carpenter, on pense bien évidement à Halloween la nuit des masques, Fog ou encore à quelques scènes noctures effrayantes dans L'Antre de la folie).
Le format Scope enregistre les scènes nocturnes du film d'une beauté terrifiante, les panoramiques et les travellings assurant un effet réaliste qui ne fait que renforcer le sentiment de terreur : il faut voir cette séquence du parking filmée de nuit où Christine, telle une prédatrice mécanique, poursuit le premier adolescent de la bande de malfrats s'achevant dans un terrifiant face à face où le jeune type, dans sa fuite effrénée, va se retrouver acculer à un mur...
Autre séquence où Christine se lance à la poursuite de Buddy sur une route déserte / une scène très stylisée où la voiture enflammée poursuit le jeune homme dans une bande-son hypnotique, véritable scène de cauchemar. L'image de la voiture enflammée continuant de rouler évoque toute la puissance démoniaque de Christine, qui apparaît comme une voiture surgissant des flammes de l'Enfer.
John Carpenter fait parti de ces cinéastes spécialistes de la représentation des scènes de nuit dans le cinéma d'épouvante – la nuit, dans l'imaginaire collectif des cinéphiles, représente ce moment angoissant où tout peut surgir dans le cadre, que ce soit d'horribles monstres ou des tueurs fous – surgissement dans le champs de la caméra d'une source d'angoisse qui était tapie en hors-champs et qui permet de susciter la terreur chez le spectateur friand de sensations fortes.
Ça renvoie à la « peur du noir » que beaucoup de spectateurs ont pu éprouver pendant leur enfance – le cinéma agissant comme une sorte de régression infantile touchant au plus profond de nos peurs primaires – (Dans la filmographie de Carpenter, on pense bien évidement à Halloween la nuit des masques, Fog ou encore à quelques scènes noctures effrayantes dans L'Antre de la folie).
Le format Scope enregistre les scènes nocturnes du film d'une beauté terrifiante, les panoramiques et les travellings assurant un effet réaliste qui ne fait que renforcer le sentiment de terreur : il faut voir cette séquence du parking filmée de nuit où Christine, telle une prédatrice mécanique, poursuit le premier adolescent de la bande de malfrats s'achevant dans un terrifiant face à face où le jeune type, dans sa fuite effrénée, va se retrouver acculer à un mur...
Autre séquence où Christine se lance à la poursuite de Buddy sur une route déserte / une scène très stylisée où la voiture enflammée poursuit le jeune homme dans une bande-son hypnotique, véritable scène de cauchemar. L'image de la voiture enflammée continuant de rouler évoque toute la puissance démoniaque de Christine, qui apparaît comme une voiture surgissant des flammes de l'Enfer.
En parlant de musique, la bande sonore est interprétée par John Carpenter lui-même,où les notes électroniques insufflent une aura terrifiante au film, une musique lancinante et très réussie qui nous reste en tête même le générique finale terminé.
Avec
Christine, John Carpenter livre à la fois un teenage movie sensible,
avec la représentation d'un adolescent mal dans ses pompes et
victime de harcèlement scolaire qui prend sa revanche au contact de
la belle et dangereuse Christine – ainsi qu'un film d'horreur
efficace dans son scénario et maîtrisé grâce à ses effets de
trucage ; l'un des meilleurs films de genre des années 80 et je
rajouterai aussi l'une des meilleures adaptations de Stephen King au
cinéma.
Je n'ai
plus qu'une seule chose à vous dire avant de nous quitter : bon film
! (Et surveillez bien qu'une Plymouth Fury rouge ne vous observe pas
sur la route, ni dans votre sous-sol de parking...).



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