The House of the Devil (Ti West, 2009)



Lorsqu'on regarde The House of the Devil, nous avons affaire à un film atmosphérique dans la pure lignée des films d’épouvante des années 70-80. 


On est séduit par la beauté des images et par cette atmosphère lourde et inquiétante qui s’en dégage où le jeune réalisateur Ti West (qui n’a même pas 30 ans lorsqu’il le réalise), prend le temps de présenter ses personnages et d’instiller un climat de malaise de manière progressive.
Samantha est une étudiante qui répond à une annonce de gardiennage car elle a besoin d’argent pour pouvoir emménager dans son nouvel appartement. Elle est accueillie par un couple assez étrange dont l’époux est interprété par l’excellent Tom-Last Action Héros- Noonan, homme mystérieux tout de noir vêtu qui se montre tout de suite très avenant et chaleureux envers la jeune fille. On sent que cela cache quelque chose, mais on ne sait pas quoi.
Samantha est chargée de garder une mystérieuse vieille dame vivant recluse dans une chambre à l’étage et qu’on ne voit jamais. Le couple qui l’emploie n’a pas fait les présentations et cela augure un premier sentiment de malaise qui ne va aller qu’en crescendo. Pourquoi ne pas avoir fait les présentations ? Mystère…
La maison, immense et ancienne de type victorienne, est un personnage du film à part entière et elle fait écho dans notre imaginaire à la fameuse maison d’Amityville mais aussi à la maison dans Rosemary’s Baby (Roman Polanski 1968). Une vieille maison propice aux phénomènes paranormaux ? Le cinéaste joue avec cette ambiguïté et la force du film est de ne pas dévoiler au spectateur à quoi il a affaire : un film de fantômes ? Un film de monstres ? Ou bien un thriller ? Le suspense est maintenu jusqu’à un dénouement final franchement effrayant.

Jocelin Donahue livre une performance d’actrice des plus convaincantes à noter qu’elle est souvent seule dans les trois quarts du film. Et lorsqu’elle improvise une danse au son d’une musique pop typiquement 80’s pendant qu’elle explore la vaste demeure, le film nous fait part d’une parenthèse de légèreté qui tranche avec l’ambiance anxiogène de l’intrigue. Cette séquence fleure bon la pop culture des années 80 avec une esthétique de clip vidéo que je trouve la bienvenue au sein d’un climat particulièrement inquiétant.
Nous sentons à travers la mise en scène soignée de Ti West des références à la glorieuse époque du cinéma d’épouvante des décennies 70-80 : on pense à la mise scène de John Carpenter qui, dans son chef d’œuvre Halloween la nuit des masques, parvient à susciter le sentiment de terreur du spectateur en filmant une jeune fille prise au piège à l’intérieur d’une maison, poursuivie par une inquiétante menace. L’importance de l’hors-champ chez Carpenter se ressent également chez Ti West dans la mesure où le jeune réalisateur joue avec le cadre ; on ne sait jamais d’où l’éventuelle menace va surgir, Samantha étant à la fois isolée dans ce cadre cinématographique mais aussi dans les pèces géométriques de la bâtisse. C’est comme si elle était prise au piège entre deux murs, entres deux portes.


Et lorsque survient la terrifiante vérité au détour d’un dénouement convaincant, toute la force de ce film d’horreur est de nous la présenter dans un paroxysme maîtrisé de l’angoisse à l’état pur où l’ombre des maîtres John Carpenter, Dario Argento ou encore Wes Craven plane sans l’ombre d’un doute. Un petit film sans prétention qui revendique son amour du genre horrifique avec des effets à l’ancienne (exit les images de synthèse ternes et dégueulasses, place au maquillage !) et qui apporte sans conteste quelque chose de nouveau dans le cinéma d’horreur de ce début de 21ème siècle, partagé entre vagues de remakes souvent fades et sans relief de films cultes du genre et scénarios creux aux personnages caricaturaux à l’extrême et aux effets ternes et prévisibles.

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