La Nuit du Chasseur (Charles Laughton, 1955) : les enfants poursuivis par un monstre humain.

L'inquiétant et énigmatique révérend Powell interprété avec brio par Robert Mitchum est un dangereux tueur en série qui vient d'assassiner Willa Harper, la maman de John et Pearl. Le révérend veut savoir où se cache le magot qui appartenait au défunt père des enfants et pour ce faire, il n'hésite pas à interroger le jeune garçon John dans la maison.
Nous assistons à une inquiétante séquence de plusieurs minutes où le danger plane sur les deux orphelins...



Powell force les enfants à le conduire dans la cave sur les aveux de John, qui lui affirme que le butin y est caché sous une dalle.
La mise en scène stylisée de Laughton joue avec la perspective du cadre : John et Pearl gravissent les marches de l'escalier représentant une diagonale obscure et sont escortés par l'inquiétant Powell. L'unique source lumineuse de la scène provient de la chandelle tenue par le révérend. Les deux enfants descendent dans la pénombre, c'est-à-dire qu'ils s'enfoncent progressivement dans une menace potentielle.




Un malaise grandissant s'installe lorsque Powell se rend compte que John lui a menti...La clarté de la chandelle illumine le visage de Mitchum dans un clair-obscur renvoyant à l'esthétique de l'expressionnisme allemand. Nous percevons dès lors toute la folie et la dangerosité du personnage à travers son regard illuminé. C'est la petite Pearl qui, terrorisée de voir son grand frère menacé par le couteau du tueur (scène d'autant plus difficile et sombre qu'en 1955, il n'était pas anodin de mettre en scène au cinéma un enfant menacé par un tueur), va avouer la cachette du butin dans le rembourrage de sa poupée...
Et c'est alors que John réussit à déstabiliser l'agresseur et à s'enfuir en courant avec sa sœur.
La mise en scène efficace représente l'inquiétant tableau d'un homme tendant ses deux mains comme des serres en direction de deux enfants qui le fuient, l'homme se situant très près d'eux comme s'il s'apprêtait à les dévorer. Image effrayante sortie d'un cauchemar d'enfant, le suspens est à son comble, renforcé par la musique.



John et Pearl parviennent à fuir le monstre en claquant la porte de la cave derrière eux et à s'enfuir de la maison.
Ils parviennent à s'emparer d'une barque alors que le révérend se rapproche un peu plus d'eux dans un inquiétant jeu d'ombre : la caméra filme brièvement la silhouette sombre de Powell se découpant sous un ciel nocturne et nous ne pouvons pas voir son visage : c'est ce qui rend cette apparition d'autant plus effrayante car elle contribue à déshumaniser ce personnage qui n'a que l'esquisse d'un être humain. Il renvoie à une sorte de croque-mitaine à la poursuite de jeunes âmes.


Mais John et Pearl arrive à le distancer en s'embarquant sur la rivière, tels Hansel et Gretel du conte des frères Grimm qui parviennent à échapper à la sorcière en s'enfuyant également sur une barque.
Le film de Charles Laughton insère effectivement une séquence onirique digne d'un conte de fée où la petite Pearl, en sécurité sur l'embarcation avec son frère chantonne une douce mélodie sous le paisible ciel étoilé. Les images sont d'une époustouflante beauté et tranchent avec l'effrayant face à face ayant eu lieu dans la cave quelques minutes plus tôt. La nature est apaisante, les animaux observent les deux enfants dans leur fuite. Une énorme toile d'araignée au premier plan se juxtapose sur la barque en mouvement ; les enfants ont bel et bien échappés au filet tendu par Powell qui s'apprêtait à les tuer comme il a tué leur mère; le regard bienveillant d'un crapaud témoin de la survie des deux orphelins sous le chant apaisant de la petite fille.




John et Pearl se dirigent en effet vers la vie sauve en ayant échappé de peu à la mort.

Charles Laughton signe avec La Nuit du Chasseur un grand film culte à l'esthétique irréprochable, où le noir et blanc contrasté évoque la dualité entre le Bien et le Mal évoqué à l'écran par les tatouages sur les phalanges de Powell « Love » et « Hate ». L'interprétation magistrale de Robert Mitchum contribue grandement au succès du film, faisant de ce personnage l'un des méchants les plus magnétiques et effrayants du cinéma cinq ans seulement avant la représentation du mal ordinaire mis en scène par Alfred Hitchcock à travers le visage juvénile de Norman Bates de Psychose.

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