Love Hunters (Ben Young, 2017)


L'histoire se déroule dans une banlieue australienne durant l'été 1987. Un soir, la jeune Vicki décide de se rendre à une soirée à l'insu de sa mère avec qui elle s'est disputée. Sur le chemin, elle est abordée par le couple Evelyn et John White qui l’invitent chez eux pour lui proposer d'appeler un taxi. Mais elle comprend très vite qu'ils lui ont tendu un piège... Séquestrée, sa seule chance de survie sera d’exploiter les failles du couple.



Premier film de l’australien Ben Young qui signe un thriller psychologique efficace. Le réalisateur prime la suggestion des images à la mise en scène d'une horreur graphique et ce choix confère au film une certaine puissance psychologique.
La mise en scène privilégie des mouvements de caméra soignés avec des plan-séquences qui présentent au début du film la banlieue pavillonnaire sous la chaleur écrasante de l'été. La tranquillité apparente du lieu y est représentée. Les effets de ralenti ponctuent plusieurs scènes du film, mettant en scène des instantanés de la vie des habitants de la banlieue dans leur jardin, avec des enfants jouant sous des jets d'eau, des laveurs de voiture et autres tondeurs de pelouse, et tout ce petit monde vit sa vie dans un temps dilaté très différent du temps de Vicky, prisonnière et séquestrée dans la maison des White qui hurle et appelle à l'aide, les mains et pieds enchaînés aux barreaux d'un lit...


Un regard acide du réalisateur sur l'apparente tranquillité des banlieues pavillonnaires où il semble faire bon vivre mais qui cache en réalité une monstruosité tapie derrière les murs d'une maison somme toute normale. 
Ben Young questionne la banalité du mal à travers l'image d'un couple de trentenaire dans la force de l'âge qui semble tout à fait normal, un couple qui file le parfait amour dans leur nid douillet – mais n'est-ce pas une illusion ?
Love Hunters met en scène les failles d'un couple hors-norme qui prend du plaisir à séquestrer, torturer et tuer des jeunes filles innocentes. Une des forces de ce film est de ne pas expliquer aux spectateurs la motivation du couple, nous ne savons pas depuis quand ils commettent leurs odieux méfaits, ni combien ils en ont fait, ni pourquoi ils le font. Toutes ces questions sont laissées en suspens, et c'est l'imagination du spectateur qui y apporte une réponse. En ce sens, le film gagne en puissance en amenant le spectateur à faire travailler son imagination pour reconstituer les pièces d'un terrible puzzle.
Vicky, malgré son innocence et sa naïveté est l'élément perturbateur du couple, c'est elle qui remet en question la relation qu'entretien John avec Evelyn, ce qui amène alors celle-ci à se questionner et à douter de la sincérité de son compagnon. Evelyn perd pied et sa jalousie excessive laisse entrevoir une partie de sa folie.
La volonté de retranscrire cette histoire dans les années 80 n'est pas anodine, Ben Young cherchait à retrouver une certaine ambiance qui régnait entres les voisins des maisons de banlieue à cette époque-là, où les gens se parlaient plus facilement entres eux, entretenaient plus de rapports de voisinage que maintenant - il n'y avait pas encore internet ni de smartphones qui renfermaient les gens chacun dans leur bulle ; les gens montaient plus facilement dans la voiture des autres etc. Ce qui explique aussi en partie la naïveté de Vicky qui ne semble pas particulièrement méfiante lorsque la voiture du couple se rapproche tout doucement derrière elle dans la nuit, tel un prédateur traquant sa proie à l'abri des regards...

La force d'interprétation du trio d'acteurs qui portent le film est incontestable : la jeune Ashleigh Cummings qui interprète Vicky avec son visage poupon et ses cheveux blonds gaufrés à la mode des années 80 est une révélation dans le rôle d'une victime impuissante dont la seule arme repose sur sa force de persuasion ; le choix de Ben Young d'avoir choisie la top modèle Emma Booth très connue en Australie pour le rôle d'Evelyn est pertinent : il casse ainsi son image « lisse » en lui donnant le rôle d'une femme jalouse et perturbée. Enfin, Stephen Curry, connu pour ses rôles comiques et dramatiques à la télévision australienne est convaincant en bourreau d'adolescente avec son physique de monsieur tout-le-monde cachant au plus profond de lui une violence prête à éclore à tout moment.
Love Hunters est un excellent film où la psychologie des personnages prime à la violence graphique, un film qui interroge sur les apparences et sur les relations entretenues entres les hommes et les femmes. Un premier grand film maîtrisé.



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